LE SANG DES FEMMES

Cellules sanguines
Cellules sanguines
Cellules sanguines

Le sang des Femmes

Etonnamment, c’est principalement durant ses menstruations qu’une femme prend réellement conscience de son corps de Femme. (Nous utiliserons plus particulièrement le mot « Lunes » qui est sans connotation.) 

Durant sa vie, c’est une semaine sur quatre que la femme aura ses lunes et ce pendant environ 40 ans. Si une femme est réglée vers 12 ans et si elle atteint l’âge de la ménopause vers 50 ans et elle aura eu ses lunes 300 à 500 fois.

Le sang des Femmes…Comment une femme durant sa vie vivra-t-elle ce phénomène ?

Bien souvent hélas, elle vivra ce moment de sa vie sous le signe de la honte,… Surtout ne pas dire, ne rien laisser paraître, dissimuler, faire « comme si » de rien n’était…

Un jour une patiente m’avoua que son mari ne savait même pas quand est-ce qu’elle avait ses règles et de trouver des subterfuges pour faire ou ne pas faire l’amour durant cette période.

Que n’a-t-on pas en effet entendu sur le sang des Femmes, que celui-ci la rendait impure, qu’elle ne pourrait pas faire certaines tâches… Si bien que d’une manière générale, « la société » lui propose de faire « comme s’il ne se passait rien ». La publicité en effet pour les tampons, les serviettes ne nous propose-elle pas de continuer à faire tout ce que nous faisons en dehors de cette période?…

Le sang des Femmes est nié, la Femme est niée…Et la Femme de se nier elle-même…!!!

 

Pas capable de réfléchir

Visages trois femmes
Visages trois femmes

Pendant ses périodes de menstruations, les femmes ne seraient pas capable de réfléchir….

C’était hier … Je vous livre ici les propos d’un procureur en 1946, s’interrogeant sur la possibilité qu’une femme soit magistrate…..

Plus faible physiquement, la femme a […] un lourd handicap du fait des menstrues, de la grossesse et de la ménopause. […] Les psychologues notent que, pendant ces époques, la femme est encore plus impressionnable, plus susceptible, moins maîtresse d’elle-même, plus soumise à des excès de […] dépressions pouvant aller jusqu’aux troubles mentaux. Menstruation et grossesse peuvent faire tort à ses capacités de discernement. La femme est plus portée aux crimes à ce moment. […] Le sexe faible est nettement défavorisé du fait de sa physiologie et de sa psychologie. Or la justice veut des idées claires et non du sentiment ou même de l’intuition. […] Il faudra installer au Palais une pouponnière avec nurse et suspendre les audiences aux heures de tétée. […] Que fera-t-on quand une femme magistrat sera prise de vomissements incoercibles ? […] Et quand une présidente grosse de huit mois devra présider son tribunal avec le roulis d’une frégate désemparée ? Ce sont là des complications prévisibles et peu favorables aux prestiges. […] Les autres revers du caractère de la femme, tels le manque de logique, l’entêtement, l’amour du colifichet et des toilettes, découlent de faiblesses fondamentales de la mentalité féminine.

Cela laisse songeu.r. se… N’est-ce pas ?

Outre le fait que la femme soit incapable de réfléchir et qu’elle soit impure à ce moment-là, Lorsqu’elle n’a pas ses menstruations cela n’en est pas moins inquiétant (aménorrhée, grossesse, ménopause), le corps médical d’ordonner des saignées chez les jeunes filles impubères et/ou application de sangsues au niveau de la vulve et de l’anus afin que ces « humeurs » toxiques puissent s’évacuer et d’éviter, caprices, tristesse et dépression.

Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que l’on a découvert la phase d’ovulation et son lien avec les menstruations. Avant on pensait qu’elle se produisait pendant les lunes. À partir de 1920, on soupçonnait qu’elle pouvait se produire juste avant ou juste après les menstruations.

Selon les féministes Monica Sjöö et Barbara Mor ce qui diffère de la sexualité de la femme de celles des primates est que les saignements annoncent chez ces dernières le moment le plus propice à la fécondation, alors que les femmes saignent au contraire lorsqu’elles ne sont pas fertiles.

Quand le médical vient nourrir l’imaginaire populaire et les préjugés religieux, celui-ci conforte le fait que la femme est « impure » durant cette période, qu’elle doit se laver localement, prendre des bains et être isolée. Elle ne doit pas être en contact avec certains aliments qu’elle ferait tourner (la mayonnaise, le lait…) Elle devait se tenir à l’écart de certaines plantes qu’elle empêcherait de germer, à l’écart de certains animaux… À l’inverse en Tchécoslovaquie, les jeunes filles réglées étaient promenées en luge dans les champs en hiver afin d’en favoriser la fertilité.

D’une manière générale, se dégage l’idée, que la traversée de cette phase du cycle de la femme qui symbolise la mort, celle – ci devait être tenue à l’écart du vivant.

Et bien évidemment pas de rapport sexuel pendant cette période, la femme pouvant contaminer l’homme et de leur union pourrait naître un enfant idiot ou roux.

 

Et si l’on supprimait les menstruations ?

Si finalement ces menstruations dérangent tout le monde y compris les femmes, pourquoi ne pas les supprimer?

Il existe en effet des contraceptifs qui suppriment totalement les menstruations. Cependant, à moins d’un réel problème médical qui le justifie,… Posons nous la question : À qui profite le crime ?.. Cela rend la femme disponible à tous moments… Autrement dit, c’est libre service… !!! Dans une pratique spirituelle avancée chez les Taoïstes, il était recommandé aux femmes de garder leur sang. Les motivations étant le rajeunissement, le fait d’éviter les douleurs ou de servir de contraception naturelle. Je ne peux que mettre en doute de telles pratiques, sachant que la plupart des textes anciens ont été rédigés par des hommes.

La question est plutôt, pourquoi entraver un processus naturel et quelles répercussions celui-ci peut-il avoir sur la santé des femmes ?

 

Vers une levée du tabou : Elles ont osé montré leur sang…!!!

Avoir ses Lunes… Et alors ? Un jour je l’espère, les femmes pourront parler librement de leurs Lunes. Le mouvement est amorcé.

En vérité, le mot « tabou » au sens archaïque signifie « sacré ».

Le temps des Lunes n’est pas un temps ordinaire, il demande à la femme de se retirer de ses activités habituelles, de se reposer, d’être à l’écoute de son corps.

Souvenez-vous de la jeune Kiran GANDHI qui en 2015 a décidé de courir le marathon de Londres, le premier jour de ses lunes en soutien aux jeunes filles qui n’ont pas accès aux protections et qui  n’ont pas d’autre choix que celui de ne pas aller à l’école, de ne pas faire de sport…

« Pendant que je courais, je me demandais comment la sociabilisation a pu jouer sur ces femmes et ces hommes à tel point qu’ils prétendent que les règles n’existent pas. En établissant une norme de « phobie des règles » (surtout pour les hommes), les sociétés nous empêchent en réalité de parler d’une expérience qui concerne chaque mois 50 % de la population humaine. En rendant ce sujet si difficile à évoquer, nous n’avons pas de mots pour exprimer notre douleur au travail, nous ne reconnaissons pas les différences entre hommes et femmes qui doivent être reconnues et établies en tant que normes acceptables. Parce que c’est mis sous silence, les femmes sont éduquées à ne pas se plaindre ou parler de leurs propres fonctions corporelles puisque personne ne sait que ça se passe. »

Kiran Gandhi d’expliquer dans une interview au Cosmopolitan, « J’ai cette impression que si les hommes avaient leurs règles, comme nous vivons dans une société où l’homme est privilégié, il y aurait un règlement écrit au bureau qui permettrait aux hommes de prendre un moment quand ils en ont besoin ou qui rendraient possible la discussion autour des règles ».

La même année une jeune artiste canadienne Rupi KAUR participe à cette levée du tabou.

Elle a été censurée (https://www.huffingtonpost.fr/rupi-kaur/si-la-photo-de-mes-regles_b_6975468.html )  pour la photo d’une jeune fille endormie sur un lit dont on voit le pyjama et le drap tachés de sang.

 

Vers une réhabilitation du sang menstruel

Mains Coeur
Mains Coeur

Le sang menstruel n’est pas le même que celui qui s’écoule dans nos veines de par sa composition et ses propriétés. Il contient un potentiel nutritif destiné au développement d’un enfant.

Des chercheurs en 2008 ont en effet découvert que le sang menstruel était composé de cellules capables de se multiplier plus vite que les cellules-souches. Elles se divisent toutes les 20 heures. Et l’on peut différencier 9 types de cellules (cardiaques, pulmonaires, hépatiques…) En 2 semaines, avec seulement 5 ml de sang, il a été possible d’obtenir des cellules musculaires cardiaques (cardiomyocytes) ayant la capacité de pulser (pulsatiles). Ces nouvelles cellules-souches sont appelées « cellules régénératives endométriales » offrant moins de risque de rejet qu’avec des cellules issues de la moelle osseuse ou du cordon ombilical. Cette découverte ouvrant ainsi des perspectives pour réparer certains organes ou certaines maladies.

Les lamas tibétains lors de rituels consacrés à la déesse Tara, utilisaient le premier sang menstruel d’une jeune fille, celui-ci était considéré comme ayant un grand pouvoir de guérison.

 

Célébrer les Lunes

Jeune fille couronnée
Jeune fille couronnée

Dans son ouvrage  Ceci est mon sang , « Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font », Élise THIEBAULT nous raconte avec beaucoup d’humour son histoire de femme réglée, de son endométriose, des dialogues qu’elle a pu avoir ou pas avec sa fille… Elle nous relate que pour célébrer l’arrivée de ses premières lunes, cela avait été l’occasion d’un repas et que son père lui dit à cette occasion « Alors, j’ai appris que tu étais devenue une femme ? »

« Je me souviens (nous dit l’auteure) que lors de cette soirée quelque chose me faisait bouillir intérieurement, sans pouvoir dire quoi. Je sais aujourd’hui que cette publicité autour d’un événement intime est en réalité une violence envers les jeunes femmes, qui tout à coup ne s’appartiennent plus. Il n’existe aucun rituel moderne célébrant les premières pollutions nocturnes des hommes qui portent le doux nom de séménarches. Personne ne va s’aviser de réunir un dîner de famille pour dire à un jeune adolescent : « Alors, il paraît que tu as éjaculé hier ? Bravo tu es devenu un homme, et l’heure est venue d’apprendre à laver tes draps toi-même puisque tu as rêvé si fort la nuit dernière ».

Il y a fort longtemps, la femme menstruée était vénérée dans certaines traditions. Elles étaient considérées comme « bénies » du terme anglais « Blessing » qui serait dérivé du mot anglo-saxon « betsian » qui signifie « saigner ». Chez les Amérindiens, leur puissance était reconnue à ce moment particulier et elles avaient la possibilité de se réunir dans les « Moonlodges » ou tentes lunaires ou tentes rouges car teintées du sang des femmes. Cette possibilité de se retirer de la communauté un temps, n’était pas considérée comme une exclusion, mais au contraire comme un temps consacré (cum sacre) où elles pouvaient s’adonner à leurs pratiques spirituelles.

« Aujourd’hui, en Amérique du Nord, (nous dit Vicki NOBLE, dans La Femme Shakti) les Navajos célèbrent l’initiation féminine pendant quatre jours, lorsqu’une jeune fille de la tribu a ses premières règles. Ils l’isolent tout en étant aux petits soins pour elle, pendant qu’elle jeûne et prépare un pain de maïs pour la communauté. La pâte est mélangée et pétrie par la jeune fille lors d’une cérémonie votive spécifique, puis le pain est cuit au four sous la terre pendant toute la nuit, et servi par la jeune fille initiée à la communauté tout entière. Elle n’en mange pas elle-même, parce qu’elle représente pour son peuple l’incarnation de la Déesse. Ils comprennent qu’elle fait partie de la Divinité de la femme qui change et qu’elle est à jamais transformée par l’expérience du cycle de ses règles. » 

Pour que les jeunes filles vivent leurs Lunes autrement, je ne peux que vous exhorter à lire et/ou à offrir l’ouvrage de Maïté TREALÜN, Stella et le cercle des femmes ou « Rituel de passage d’une adolescente ». Il s’agit d’un roman initiatique d’une jeune fille guidée par la bienveillance de ses aînées qui va vivre en conscience ce passage, cette transformation.

 

Et vous quel importance accordez- vous au sang des femmes ?

Quelle importance accordez-vous à ce moment particulier, à ce temps sacré,  dans votre vie de femme?

Et vous en tant qu’homme, comment accueillez-vous ce temps là avec votre partenaire?

Et si vous inventiez votre propre rituel pour célébrer vos Lunes? Et pourquoi pas le célébrer avec votre partenaire…?

 

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