L’Hypnose : 5 idées reçues (et ce que nous dit vraiment la science)

Beaucoup de personnes hésitent avant leur première séance d’hypnose , et souvent pour les mêmes raisons : l’image d’un pendule qui se balance, une voix qui « prend le contrôle », ou la crainte de revivre malgré elles un souvenir qu’elles ne voulaient pas rouvrir. Ces images viennent surtout du music-hall et du cinéma, rarement de la recherche.

Depuis une trentaine d’années, l’hypnose fait pourtant l’objet d’études sérieuses en neurosciences et en psychologie clinique, avec des données précises sur ce qu’elle fait au cerveau, qui y répond le mieux, et où s’arrêtent ses véritables limites. Voici cinq idées reçues, et ce que les données montrent réellement derrière chacune.

Idée reçue n°1 : « Sous hypnose, on perd le contrôle et on peut être manipulé »

La définition officielle de l’hypnose, établie par la Division 30 de l’American Psychological Association (Society of Psychological Hypnosis, reconnue depuis 1969), la décrit comme « un état de conscience impliquant une attention focalisée et une conscience périphérique réduite, caractérisé par une capacité accrue à répondre à la suggestion ». Rien, dans cette définition, ne suppose une perte de volonté : la personne hypnotisée reste en mesure de refuser une suggestion, d’ouvrir les yeux, d’interrompre la séance à tout moment. L’état ressemble davantage à l’absorption profonde que l’on connaît en lisant un livre ou en regardant un film prenant qu’à un sommeil ou une soumission.

Idée reçue n°2 : « Sous hypnose, on retrouve des souvenirs exacts et fiables »

C’est ici que la prudence scientifique est intéressante, et elle mérite d’être dite sans détour. La recherche sur la mémoire montre que l’hypnose utilisée comme outil de reconstitution factuelle du passé peut produire des souvenirs vécus comme parfaitement clairs et certains, alors qu’ils sont en réalité partiellement ou totalement reconstruits par l’imagination et la suggestion. Ce phénomène est documenté depuis longtemps, au point que les tribunaux, en France comme ailleurs, écartent les témoignages « rafraîchis » sous hypnose comme preuve. C’est précisément pour cette raison qu’une pratique sérieuse de l’hypnose  ne vise pas à établir un fait vérifiable ou une vérité judiciaire sur ce qui s’est passé il y a une, deux ou trois générations. Elle travaille sur ce qui remonte : une émotion, une sensation, un schéma répété et c’est ce matériau-là qui a advantage une valeur thérapeutique, que l’image qui l’accompagne soit un souvenir littéral ou une reconstruction symbolique.

Idée reçue n°3 : « Il faut être crédule ou très suggestible pour que ça marche »

L’aptitude à être hypnotisé (l’hypnotisabilité) est un trait cognitif stable, mesurable, et indépendant de la crédulité ou de la naïveté. Une étude d’imagerie cérébrale (Horton, Crawford, Harrington & Downs, Brain, 2004) a montré que les personnes hautement hypnotisables présentent un corps calleux (la structure qui relie les deux hémisphères) significativement plus développé au niveau du rostrum que les personnes peu hypnotisables. Des études de jumeaux (Morgan, 1970 puis 1973) suggèrent par ailleurs une composante héréditaire à cette capacité, bien que son interprétation reste débattue. Ce que confirme la littérature, c’est que l’hypnotisabilité est davantage liée à un style cognitive, à savoir la capacité à s’absorber pleinement dans une expérience,  qu’à un trait de personnalité comme la naïveté ou le manque d’esprit critique.

Idée reçue n°4 : « Tout cela n’a aucune base neuroscientifique »

Une étude d’imagerie cérébrale menée à Stanford par l’équipe de David Spiegel (Jiang, White, Greicius, Waelde & Spiegel, Cerebral Cortex, 2017) a scanné le cerveau de 57 personnes pendant des séances d’hypnose guidée. Les chercheurs ont observé des changements mesurables et reproductibles : une diminution de l’activité du réseau du mode par défaut (associé au vagabondage mental), une baisse d’activité du cortex cingulaire antérieur dorsal (impliqué dans la vigilance et l’inquiétude), et une connectivité accrue entre le cortex préfrontal dorsolatéral et l’insula. Autrement dit, l’état hypnotique correspond à une signature cérébrale précise et observable,  pas à une suggestion qui n’existerait que dans l’imagination du sujet.

Idée reçue n°5 : « C’est dangereux, comme un sommeil profond dont on ne peut pas se réveiller »

L’hypnose n’est pas un sommeil : c’est un état d’éveil focalisé, où la personne entend, peut parler, et garde la capacité d’arrêter la séance à tout instant. Reconnue comme pratique clinique légitime depuis plus de cinquante ans par les associations professionnelles de psychologie, elle est utilisée en routine dans des contextes médicaux exigeants (gestion de la douleur, troubles digestifs fonctionnels, anxiété), toujours encadrée par un praticien formé.

Ce qu’il faut retenir

L’hypnose régressive n’est ni un tour de magie, ni une machine à remonter le temps qui livre des preuves. C’est un état de conscience réel, mesurable, qui donne accès à ce que l’esprit conscient n’atteint pas facilement à savoir une émotion, une sensation corporelle, un schéma répété et c’est précisément ce matériau-là, indépendamment de sa littéralité historique, qui permet le travail thérapeutique. La rigueur, ici comme pour l’épigénétique, consiste à ne pas promettre plus que ce que les données montrent : pas de vérité factuelle garantie sur le passé, mais un accès réel à ce qui, dans le présent, continue d’agir.

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Sources : American Psychological Association, Division 30 – Society of Psychological Hypnosis, définition officielle de l’hypnose ; Jiang, White, Greicius, Waelde & Spiegel, « Brain Activity and Functional Connectivity Associated with Hypnosis », Cerebral Cortex (2017) ; Horton, Crawford, Harrington & Downs, « Increased anterior corpus callosum size associated positively with hypnotizability », Brain (2004) ; Morgan, « The heritability of hypnotic susceptibility of twins », Behavior Genetics (1970) et Journal of Abnormal Psychology (1973) ; AFSI – Alerte Faux Souvenirs Induits, synthèse de la recherche sur les souvenirs retrouvés sous hypnose.

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