LA “FAUTE” DES MERES

Roses

Roses

En ce sacro-saint jour de la « Fête des Mères », j’ose prendre le contre-pied et vous parler de la « faute » des mères. Pour la petite histoire, un jour, il y a fort longtemps….du temps où j’étais jeune enseignante, j’effectuais un remplacement et je décidais de ne pas fêter la Fête des mères. Exit les colliers de pâtes, les pots de yaourts savamment décorés… Elles ne savent pas ce qu’elles ont raté, les pauvres mères… !!! Et bien, croyez moi si vous le voulez et je pense que vous n’aurez pas de mal à me croire…Ce jour là, j’ai bien failli me faire lyncher. S’attaquer à une institution comme celle de la Fête des Mères, c’est tout simplement de l’ordre de l’impensable… !!!

La trop bonne mère

À trop vouloir être une « bonne mère », une mère « parfaite », que font les mères avec leurs enfants et plus particulièrement avec les garçons ? Jusqu’où une mère peut-elle aller dans l’Amour de son enfant ? Lorsqu’en tant que psychologue et qu’au cours de l’entretien, j’aborde la question du sommeil, je pose généralement la question suivante :« Et comment est-ce que votre enfant s’endort ? ». Quand la situation est saine,   j’ai souvent des réponses du genre « dans son lit », « en racontant une histoire », … et dans ce cas, cela se termine dans un grand éclat de rire. Car vous l’avez bien compris, jusque-là il n’y a pas de problème. Là où cela devient intéressant en tant que thérapeute, c’est lorsque l’on apprend que enfant dort dans le lit de ses parents ou de l’un de ses deux parents et plus particulièrement dans le lit de sa mère.

Mais que font les mères !!!

Pieds de nourrisson Pieds de nourrisson

Si l’enfant en effet dort dans le lit de sa mère. Je m’attarderai plus particulièrement au sujet du garçon, que se passe-t-il ? Bien sûr au tout début de sa vie, l’enfant a besoin de la présence physique de sa mère, comme par exemple lorsqu’elle l’allaite, la présence de la mère est indispensable. Nous savons maintenant quels sont les dégâts sur des enfants qui n’ont pas eu ce soutien après une trop longue hospitalisation (ce à quoi les hôpitaux remédient le plus possible actuellement). On parle alors d’hospitalisme. On se souvient à une époque de la vision d’enfants roumains abandonnés qui sans le contact physique de leur mère ou d’une autre personne développaient des traits autistiques. Mais il s’agit là de cas extrêmes.

Mais que font les mères ?…Quand effectivement le constat est que le garçon dort avec sa mère ? Généralement, je demande :” Et quand est-ce que vous pensez que cela va s’arrêter ?” Je force le trait …« Quand il aura 15 ans ?!!! » En fait à trop vouloir éviter la séparation qui du point de vue de certaines mères risquerait d’être vécue comme un traumatisme, et bien,  aucune séparation n’est opérée. Normalement c’est la fonction du père que d’effectuer cette séparation en signifiant à l’enfant du fait même de sa présence, que sa place n’est pas là. Mais s’il le père n’est pas là ou qu’il ne joue pas son rôle, l’enfant occupe une place et un rôle qui ne sont pas les siens !

Que dire lorsque le garçon se trouve dans la chambre des parents et que le père est présent ? Entre l’un qui est comblé et l’autre qui est frustré. Qu’est ce qui se joue ici ? N’est-on pas dans une double castration ? Entre un enfant pour lequel la mère est trop présente si bien qu’aucune femme ne pourra rivaliser avec elle, entre un homme à qui elle se refuse et qui est sexuellement insatisfait. Entre le trop et le pas assez…Qui donc paie ce lourd tribut ?

La Promesse de l’Aube

 « La Promesse de l’Aube », tel est le titre d’un des ouvrages de Romain GARY qui lui-même avait été élevé seul par sa mère.

« Avec l’amour maternel (nous dit-il), la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais. Chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. »

Romain GARY n’eut de cesse durant tout sa vie de combler les attentes maternelles…«- Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !Je crois (dit-il) que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. » Il deviendra en effet, aviateur, militaire, résistant, diplomate, romancier, scénariste, réalisateur et célèbre. Né le 21 mai 1914, Romain GARY se suicidera le 2 décembre 1980.

Que demander de plus en effet, qu’une femme qui comble tous ses désirs, y compris celui qu’elle lui appartienne entièrement. Et de donner ainsi à l’enfant, l’illusion qu’il peut obtenir tout ce qu’il veut. Autrement dit que TOUT est possible. L’Amour d’une mère tient alors des promesses qu’aucune femme ne pourra jamais combler.

Elles ne savent pas ce qu’elles font !!!

 Si effectivement cette situation perdure, à savoir le fait d’être toujours dans le lit de sa mère, s’il n’y a aucune frustration….alors persiste l’illusion de « je fais ce que je veux, quand je veux ». Et on peut même ajouter « avec qui je veux ». Autrement dit pourquoi à l’âge adulte, l’autre ne serait-il pas « à mon service », pourquoi l’autre ne serait-il pas là « pour répondre à tous mes désirs ». Pourquoi en effet plus tard la femme ne serait-elle pas « à son service » pour satisfaire « ses désirs », « quand il en a envie »… !!! Et si nous sommes dans le registre de la perversion « je joue avec toi, comme je veux, en soufflant le chaud ou le froid, comme je le décide »…Je vous laisse imaginer la suite.

LES HOMMES DE DEMAINGarçon et sa mère en moto Garçon et sa mère en moto

 

 La psychanalyse a longtemps culpabilisé les mères, les accusant d’être responsables de certaines pathologies, notamment à la Schizophrénie. Grégory BATESON a mis en évidence la double contrainte (Double bind) en 1956 qui serait à l’origine de cette pathologie. L’individu est alors pris dans un système où deux injonctions s’opposent qui l’empêchent de sortir de la situation. L’individu est partagé entre faire et ne pas faire une même chose. Grégory BATESON l’explique ainsi “Tu vas être damné si tu le fais, et tu vas être damné si tu ne le fais pas”. Voici un exemple humoristique extrait d’ “Astérix en Corse”de ce qui se joue dans cette communication paradoxale:

« Je n’aime pas qu’on parle à ma sœur.

— Mais elle ne m’intéresse pas votre sœur.

— Elle te plaît pas ma sœur ?

— Mais si, bien sûr, elle me plaît…

— Ah, elle te plaît, ma sœur !!! Retenez-moi ou je le tue ! »

Cependant, là où la psychanalyse a fait fausse route c’est surtout lorsqu’elle a accusé les mères d’être à l’origine de l’autisme, que l’on nomme maintenant TED (Troubles Envahissants du Développement) et dont nous savons maintenant que les causes sont multifactorielles.   A l’inverse, nous avons eu le discours de Françoise DOLTO qui consacré sa vie à la psychanalyse des enfants et a contribué à notre  compréhension du nourrisson. Elle a mis l’accent sur  l’importance du langage dès les premiers mois de la vie même si celui-ci  n’a pas la capacité de répondre, un travail thérapeutique est possible même dès la naissance du fait de cette capacité au langage. Cependant son discours n’a pas toujours été bien compris. Car à trop vouloir écouter les enfants, les parents ne sont plus entendus ou du moins ne se font plus entendre. À trop vouloir dialoguer avec nos enfants, comme avec des adultes, on leur a laissé croire qu’ils étaient eux même des adultes. Et dans le cas d’un enfant seul et plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’un garçon et de sa mère, qu’il pouvait être à la place manquante, celle du père. Et même si le père est présent, il occupe la place de celui qui n’a pas pris sa place.

Quelles réflexions vous inspirent l’éducation des enfants actuellement et en l’occurrence celle des garçons ?

Et vous que pensez vous de l’éducation que vous avez reçu pour être un Homme ou une Femme ?

Autrement dit si nous voulons un autre rapport entre les hommes et les femmes ne faut-il pas d’abord commencer par mieux éduquer les garçons ? Et éduquer également les filles différemment ?

Quelle éducation pensez-vous avoir donné à vos enfants ou si vous n’en avez pas encore ou pas tout simplement, quelle éducation pensez vous qui serait la meilleure afin de faire des Hommes et des Femmes dignes de ce nom?

Voici la bande Annonce de l’excellent film d’ Eric Barbier La Promesse de l’Aube, avec Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg retraçant la Vie de Romain GARY.

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